Quitter le salariat pour retrouver la liberté : le parcours d’Alex Bruneau

Quitter le salariat pour retrouver la liberté : le parcours d’Alex Bruneau

Avant même que la conversation ne commence réellement, il y a ces petits moments suspendus que personne n’écoute jamais vraiment : des micros que l’on ajuste, des gestes un peu hésitants, des rires discrets pour faire retomber la tension.
Puis la voix d’Alex Bruneau s’installe.

Une voix posée, calme, sans volonté de convaincre, ni de séduire.
Une voix qui raconte sans forcer, comme quelqu’un qui n’a plus rien à prouver, mais beaucoup à transmettre.

Alex vit aujourd’hui à Passy, en Haute-Savoie. Il est accompagnateur en montagne, guide en randonnée, trail et VTT, marié et père de deux enfants.
Mais son histoire ne commence ni avec un diplôme, ni avec une reconversion spectaculaire.
Elle commence beaucoup plus tôt, dans une relation intime à la liberté.

Une enfance dehors, façonnée par l’espace et le mouvement

Quand Alex évoque son enfance, ce n’est ni la réussite scolaire ni les performances sportives qui surgissent en premier, mais un sentiment beaucoup plus diffus et fondamental : celui d’avoir grandi avec de l’espace, du temps, et la possibilité d’explorer sans être constamment contraint.

Il grandit dans une famille nombreuse, entouré de frères et sœurs, dans un cadre où les règles existent, mais où, une fois posées, elles laissent place à l’autonomie, à l’imagination et à l’expérimentation.
Les journées se passent dehors, à vélo, dans les bois, à construire des cabanes, à inventer des mondes qui n’appartiennent qu’aux enfants qui les traversent.

La nature n’est pas un décor.
Elle est un terrain de jeu, un refuge, un prolongement naturel de l’enfance.

Le sport comme fil conducteur et langage familial

Le sport occupe très tôt une place centrale, presque évidente, dans la vie d’Alex.
Son père, cuisinier en collectivité, transmet le goût de l’effort et du vélo.
Sa mère, elle, court des marathons internationaux, de Paris à New York, montrant par l’exemple que le dépassement de soi peut être une source d’équilibre autant que de performance.

Dans cette famille, bouger est normal.
Être dehors est normal.
Se confronter à ses limites aussi.

Le vélo devient rapidement un moyen d’exploration, puis une passion structurante, avant que le rugby ne prenne le relais à l’adolescence, apportant une autre dimension essentielle : celle du collectif.

Le collège et la perte progressive de soi

Le passage au collège marque une rupture plus brutale qu’il ne l’avait anticipée.
Là où l’école primaire favorisait encore l’entraide et la coopération, le collège introduit des rapports de force plus frontaux, plus implicites, parfois violents.

Alex découvre le harcèlement, les vestiaires, les regards, la nécessité de se conformer pour ne pas être mis à l’écart.
Pour s’intégrer, il commence peu à peu à se couper de certaines parts de lui-même, à lisser ce qui dépasse, à rentrer dans un moule qui ne lui correspond pas vraiment.

Le rêve d’enfant – vivre dehors, pédaler, explorer – ne disparaît pas, mais il se met en veille, rangé dans un coin de la tête, comme quelque chose d’irréaliste ou d’incompatible avec “la vraie vie”.

Le rugby comme réconciliation avec le collectif

C’est le rugby qui lui permet de retrouver un équilibre.
Dans ce sport, chaque corps a une utilité, chaque profil une place, chaque différence une fonction précise au service du groupe.

Alex y découvre une forme de reconnaissance simple mais essentielle : celle d’être utile tel qu’il est, sans avoir à se transformer pour correspondre à une norme abstraite.
Cette expérience laissera une trace durable dans sa manière de penser le travail, les projets et les relations humaines.

Études et révélation du métier d’accompagnateur en montagne

Son parcours scolaire s’oriente naturellement vers des études liées à la nature et au sport : bac agricole, BTS Gestion et Protection de la Nature, puis licence professionnelle à Chambéry.

Au départ, il imagine travailler dans la gestion des territoires, la protection des milieux naturels ou l’aménagement.
Mais un stage aux Aiguilles Rouges, près de Chamonix, agit comme une révélation.

Il découvre le métier d’accompagnateur en montagne, non pas comme une simple activité sportive, mais comme un rôle de transmission, d’observation et de médiation entre l’humain et son environnement.
Ce qu’il faisait instinctivement enfant prend soudain une forme professionnelle légitime.

Le salariat : sécurité apparente et usure progressive

Alex entre ensuite dans la vie active par le salariat, notamment au sein de structures liées au tourisme et à la fonction publique territoriale.
Sur le papier, tout est cohérent : un cadre stable, un salaire régulier, une reconnaissance institutionnelle.

Il y reste près de dix ans.
Il progresse, prend des responsabilités, s’investit pleinement.

Mais avec le temps, une fatigue plus diffuse s’installe.
Les saisons se répètent.
Les dossiers s’enchaînent.
L’énergie donnée au travail commence à manquer ailleurs, notamment dans la vie familiale.

Le moment de bascule : une question simple, impossible à ignorer

L’idée de devenir accompagnateur en montagne à plein temps l’accompagne depuis longtemps, mais elle reste freinée par des peurs très concrètes : l’argent, l’instabilité, l’inconnu.

C’est une question posée par son fils, alors âgé de six ans, qui fait basculer la réflexion :
« Papa, pourquoi tu as peur ? »

Une question simple, presque naïve, mais qui rend soudain visible l’écart entre ce qu’il transmet à ses enfants et ce qu’il s’autorise à vivre lui-même.

Quitter le salariat sans filet de sécurité

Alex pose une disponibilité.
Il quitte un salaire fixe pour un revenu incertain.
Les premières semaines sont silencieuses, presque inquiétantes.

Puis la saison démarre.
Les demandes arrivent.
Et rapidement, il constate qu’il gagne mieux sa vie, tout en travaillant moins, et surtout autrement.

Mais le véritable changement n’est pas financier.
Il est existentiel : Alex retrouve la capacité de choisir.

L’entrepreneuriat réel, loin des récits idéalisés

Tout n’est pas linéaire pour autant.
Par crainte, il retourne temporairement au salariat comme skiman pendant un hiver, pensant sécuriser la transition.

L’expérience est brève, mais décisive.
Elle confirme ce qu’il ne veut plus, et renforce la légitimité de son choix initial.

Recréer du collectif avec Pro & Co

De cette trajectoire naît un projet complémentaire : Pro & Co, un collectif local réunissant professionnels de la montagne, hébergeurs, agriculteurs et acteurs du territoire du Pays du Mont-Blanc.

L’objectif n’est pas la croissance à tout prix, mais la création de liens durables, d’échanges et de coopérations locales.
Alex retrouve ici l’esprit collectif qui l’a toujours structuré.

Une autre définition de la réussite

Aujourd’hui, Alex Bruneau ne définit plus la réussite par un statut, un chiffre d’affaires ou une reconnaissance sociale.
Il la définit par la cohérence entre ce qu’il fait, ce qu’il transmet et la manière dont il vit.

Sa priorité reste sa famille.
Sa boussole reste simple : faire de son mieux, sans chercher à plaire à tout le monde.

Pourquoi ce parcours résonne

Parce qu’il ne raconte pas une fuite spectaculaire, mais un retour progressif à soi.
Parce qu’il montre qu’il est possible de quitter le salariat sans tout brûler, en construisant pas à pas une vie plus alignée.
Et parce qu’il rappelle que la peur ne disparaît pas avant l’action, mais souvent grâce à elle.

📌Retrouver Alex Bruneau :

Site internet : https://www.alexbruneau.fr/

Instagram : https://www.instagram.com/alex74_mountain/

Coucou de France : https://www.coucou-de-france.fr/

 

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