De l’édition au podcast : Aurélia Cimelière trouve enfin sa voix
Aurélia Cimelière : donner une voix à l’éditorial, du livre au web
Il y a des parcours qui ne font pas de bruit. Pas parce qu’ils manquent de relief, mais parce qu’ils avancent avec une forme de cohérence tranquille. Aurélia Cimelière fait partie de ces trajectoires-là : une continuité, une fidélité à quelque chose de très simple et très puissant : les mots.
Quand elle arrive sur le canapé de One Ambition, elle sourit en parlant du “setup”, du fameux canapé, de la symbolique. Mais très vite, derrière l’humour, on comprend : Aurélia est une professionnelle du texte. Une “pure littéraire”, comme elle le dit elle-même. Et ce qui est fascinant dans son histoire, c’est la manière dont elle a progressivement déplacé son métier sans jamais trahir son cœur.
Une enfance entre océan et montagne : la culture comme décor naturel
Aurélia naît et grandit à Pau, dans les Pyrénées-Atlantiques. Un territoire “entre deux mondes” : une heure de l’océan, une heure des Pyrénées. Une ville tranquille, mais un environnement riche, très proche de la nature et déjà, un lien fort à Biarritz, où sa mère et sa grand-mère maternelle ont leurs racines.
Dans ce décor, la culture n’est pas un concept abstrait : elle est vivante. Son père travaille à la SNCF, sa mère est psychiatre en libéral. Tous les deux lisent, tous les deux transmettent. Son père a aussi un rapport très créatif à la matière : il récupère des objets, les détourne, crée des assemblages. Une forme d’imaginaire qui “infuse”, dit-elle, même si elle ne l’a compris que plus tard.
Et puis il y a les voyages. À partir de la sixième, ses parents installent un rituel : chaque année, une capitale européenne. Musées, histoire, archéologie. Très tôt, Aurélia est saisie par l’Antiquité gréco-romaine, les pierres, les traces. Elle dira même : si je n’avais pas travaillé avec les mots, j’aurais pu devenir archéologue.
Les mots comme refuge et comme outil d’expression
Aurélia se décrit enfant comme discrète, réservée, calme. Les mots deviennent alors un lieu sûr : la lecture comme compagnie, l’écriture comme manière d’exprimer ce qui se vit intérieurement.
Elle raconte avoir toujours eu des carnets, noter des petites choses, sans forcément écrire de “grands textes”. Mais le réflexe est là. Et au niveau scolaire, aucun doute : la voie littéraire est naturelle. Pas de bascule vers les sciences, pas de tentative de compromis. Les mots ne sont pas un hobby : ils sont un axe.
Partir à 20 ans : quitter le nid pour “se confronter” à la réalité
À 20 ans, Aurélia décide de partir à Paris. Ce départ n’est pas une fuite : c’est une étape volontaire. Elle est fille unique, elle parle d’un cadre familial confortable, protecteur peut-être un peu trop. Elle ressent le besoin de “mettre de la distance”, de s’endurcir, de se confronter à quelque chose de plus vaste.
Paris n’est pas un hasard : son père y a vécu longtemps, elle y allait régulièrement enfant. Et Paris, c’est aussi la cohérence professionnelle : dans l’édition, beaucoup de maisons sont là-bas.
Elle poursuit ses études : deux années de classe préparatoire à Pau, puis la Sorbonne, puis un Master 2 à Paris 13 (VilleTaneuse), qu’elle présente comme une référence pour entrer en maison d’édition. Elle insiste sur ce que la prépa lui a donné : structure, culture, goût de l’effort, intensité du travail.
Et surtout : elle sait déjà ce qu’elle veut. Éditrice.
L’édition : un métier “d’enquête” et de construction
Aurélia prend le temps d’expliquer un point que beaucoup confondent : l’éditeur n’est pas “celui qui écrit”. L’éditeur travaille sur le texte.
Dans sa description, l’édition ressemble à un métier d’architecture :
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lecture, analyse, découpage, réécriture avec l’auteur ;
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coordination avec graphistes, illustrateurs, imprimeurs ;
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relation humaine constante, à la fois intime (avec l’auteur) et collective (avec la chaîne du livre).
Et au centre, il y a une finalité : l’objet-livre. Le papier, la matérialité, la symbolique. Elle raconte la satisfaction d’aller en librairie et de voir les ouvrages sur lesquels elle a travaillé : un sentiment de concrétisation.
Elle connaît aussi la librairie de l’intérieur : jobs d’été à Biarritz (notamment à la librairie Le Bookstore), puis au Louvre. Là encore, toujours cette idée de “lieu”, de culture incarnée.
Entrer dans l’édition : un milieu exigeant, petit, parfois fermé
À la sortie du Master, la réalité est moins romantique : l’édition est un milieu “petit”, pas toujours simple d’accès. Elle évoque la difficulté à obtenir un CDI, presque “le Graal”. Mais elle ne parle pas d’effondrement ou de grande galère ; plutôt d’une ténacité calme.
Elle met surtout en avant un levier : le réseau, bien avant l’ère LinkedIn. Garder contact avec les équipes de stage, créer du lien, multiplier les connexions humaines. Pas comme une stratégie froide, plutôt comme une manière d’être.
Et déjà, une phrase apparaît qui reviendra comme un fil rouge dans l’épisode :
si la porte est fermée, on peut passer par la fenêtre.
2013–2015 : le point de bascule, du “print” vers le web
Après une expérience en maison d’édition (elle cite les éditions 365, livres illustrés), Aurélia quitte ce monde. Elle évoque une fin “abrupte”, sans entrer dans les détails. Puis une période d’entre-deux, de chômage, de questionnement : est-ce qu’elle cherche un poste salarié dans l’édition ? Est-ce qu’elle bifurque ?
C’est là que surgit une opportunité : un éditeur de contenu web (Comprendre-Choisir, devenu Ooreka). Ils cherchent un profil d’éditrice et proposent de la former à la rédaction web et au SEO.
Pour Aurélia, c’est une école. Elle découvre une logique nouvelle :
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audit de requêtes,
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structure orientée intention de recherche,
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contenu conçu pour répondre vite, clairement,
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modèle économique (qu’elle suppose) basé sur la publicité.
Et surtout : elle découvre un univers plus vivant, moins conservateur, plus agile.
Devenir freelance : une décision “piano”, sécurisée, progressive
Au début, Aurélia n’imagine pas “créer une entreprise”. Elle ne se voit pas entrepreneure. Elle parle de légitimité, de ce sentiment fréquent : “je ne suis pas prête”.
Mais Ooreka lui propose des missions régulières. Elle entre en couveuse d’entreprise pour se sécuriser. Elle avance par étapes, avec une philosophie qu’elle cite en italien :
“chi va piano, va sano e va lontano” : aller doucement, sûrement, et loin.
En 2015, elle lance officiellement son activité de freelance. Et pendant dix ans, elle développe la rédaction web, avec une attention particulière : garder du qualitatif, rester proche de l’humain, ne pas faire du texte “au kilomètre”.
Sa méthode : remettre l’humain au centre, même dans le SEO
Un passage est central : Aurélia explique qu’elle ne peut pas écrire un bon texte sans rencontrer la personne derrière.
Même pour une entreprise “technique” (elle évoque un fabricant de cheminées au Pays Basque), elle demande une interview longue : une heure, parfois deux. Certains clients hésitent (“c’est long”), mais beaucoup ressortent avec autre chose qu’un texte : du recul, une clarification, une prise de hauteur.
Elle décrit exactement ce que fait un bon éditorialiste :
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poser des questions naïves,
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obliger à simplifier,
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faire émerger un message,
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structurer une identité.
Et quand les clients lui disent : “tu as retranscrit l’état d’esprit de notre entreprise”, elle sait que sa mission est accomplie.
L’IA : menace sur le volume, renforcement de la valeur éditoriale
Aurélia ne fantasme pas l’intelligence artificielle. Elle est lucide : sur la production de masse, l’IA peut écraser des segments entiers. Les rédacteurs “volume” ne peuvent pas lutter.
Mais elle défend une idée forte (statut : position argumentée, cohérente, mais débattue selon les métiers) :
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l’IA automatise,
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mais la structuration, l’analyse, le “rangement du message”, le travail éditorial restent une expertise humaine.
Pour elle, l’IA est un outil. Le cerveau reste au centre. Et c’est justement ce contexte qui la pousse à revendiquer sa vraie identité : l’éditorial.
9 mois de salariat : une expérience utile… et un révélateur
Aurélia repasse par le salariat pendant neuf mois dans une agence web, en content management. Rythme de production, contraintes, IA “à fond”. Elle apprend beaucoup. Elle ne regrette pas.
Mais elle vit aussi un décalage : elle veut remettre l’éditorial au centre, proposer une personnalisation plus forte, et ne sent pas de réceptivité. Résultat : elle comprend ce qu’elle ne veut plus.
Et elle le dit clairement : cette expérience lui a rendu service. Elle la ramène à une évidence :
sa plus-value, c’est l’éditorial.
Le podcast “Encrage[s]” : se faire entendre, enfin
C’est là que naît “Encrage[s]”. Pas comme un projet “marketing” froid, mais comme une convergence.
Aurélia a longtemps été “dans l’écrit”. Les mots, silencieux. Or, à 40 ans, elle parle d’un tournant : moins de besoin de validation extérieure, plus d’auto-validation, plus d’affirmation.
Le podcast devient alors symbolique : passer des mots silencieux à la voix.
Elle formule une phrase qui résume tout :
“Encrage[s], c’est le podcast qui donne la parole à l’écrit.”
Son intention :
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défendre l’éditorial comme compétence transversale (livres, marques, discours, contenus),
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explorer la pluralité des écritures : haïku, poésie, rédaction web, écriture professionnelle,
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rendre l’écriture moins intimidante, la sortir de sa tour d’ivoire,
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suivre ses coups de cœur, avec un format interview.
Le podcast est aussi un “objet éditorial” : comme un livre, il légitime, il ouvre des portes, il relance le réseau.
Doutes, ambition, et manière d’avancer
Aurélia ne prétend pas être “arrivée”. Elle dit mettre de l’espoir dans le podcast pour faire évoluer son activité freelance, développer une nouvelle offre. Donc oui, il y a des doutes : peur de la déception, peur d’attendre trop.
Mais sa stratégie est nette : faire, avancer, ne pas faire le bilan trop tôt.
Elle note même un changement : avant, elle rêvait beaucoup. Maintenant, elle exécute. Et elle sait pouvoir compter sur une compétence forgée par dix ans de freelance : la résilience.
Ce qu’elle transmet, au fond
À la fin, elle refuse l’idée d’une “réussite” spectaculaire. Pour elle, c’est une progression douce, une continuité. Mais elle met un mot sur quelque chose de profond : se faire entendre.
Une phrase d’un professeur la suit depuis longtemps :
“Vous êtes une éponge, vous absorbez, et un jour ça va sortir.”
Aujourd’hui, ce “jour” prend la forme d’une voix.
Et d’un podcast.
Retrouvez Aurélia sur :
Instagram : Aurélia
Instagram : encrages.lepodcast
Podcast : Encrage[s]
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