De la classe de sixième au pôle Nord : le parcours d'Alban Michon
Il n'a jamais voulu passer le bac.
Ses bulletins scolaires étaient catastrophiques.
Aujourd'hui, il est l'un des seuls explorateurs polaires au monde spécialisé en plongée sous glace.
Un enfant qui rêvait sous l'eau
Alban Michon a grandi à Troyes, dans une famille sans lien particulier avec la mer ni l'aventure. Père policier, mère employée de banque, une petite maison, une sœur. Rien, sur le papier, qui prédestinait cet enfant discret et rêveur à devenir explorateur polaire.
Mais il y a les dimanches après-midi devant le commandant Cousteau. Il y a une page arrachée dans un magazine de salle d'attente, celle d'un scaphandrier qu'il garde encore aujourd'hui. Il y a une lettre écrite à dix ans à une fédération de plongée, pour demander comment s'y prendre.
Et puis il y a ce premier baptême de plongée en piscine, à 11 ans, avec du matériel bien trop grand pour lui. L'apesanteur, la lumière filtrée à travers l'eau, le sentiment d'avoir trouvé sa place. Dès cet instant, plus rien ne le fera dévier.
L'école qui ne croyait pas en lui
À l'école, Alban Michon se décrit comme nul, médiocre, sans confiance. Il décide de ne pas passer le bac : puisqu'il sait déjà qu'il sera moniteur de plongée, à quoi bon ?
👉 Ce que le système scolaire n'a pas vu en lui, il a choisi de le construire tout seul, en se disant simplement qu'il aurait confiance en lui, même si personne d'autre ne l'avait.
Ce sont ses années de plongée souterraine, dans les grottes de Côte-d'Or et de Haute-Marne, encordé, sans visibilité, un fil d'Ariane comme seul repère, qui vont forger un mental à toute épreuve. Un mental qu'il ne théorise pas encore, mais qui deviendra sa vraie signature.
Une école rachetée sans un centime
En 2000, Alban Michon a 22 ans. Il apprend qu'une école de plongée sous glace est à vendre, à Tignes. Il n'a pas d'argent. Il n'a jamais eu de parents entrepreneurs. Sur le papier, tout dit non.
Il y va quand même, en Fiat, tenter sa chance.
Les propriétaires refusent : pas d'argent, pas d'affaire. Un an plus tard, faute de repreneur, ils le rappellent. Il n'a toujours pas un centime. Ils lui proposent alors un crédit vendeur.
👉 Il en tire une leçon qu'il répète depuis : la logique et le risque disent souvent non, mais c'est l'incertitude qui ouvre des portes qu'on n'avait même pas imaginées.
L'école de plongée sous glace de Tignes devient sienne. Elle marche. Il y ajoute une école de plongée souterraine à Rocamadour. Il travaille onze mois sur douze, pendant plus de dix ans.
Le basculement vers l'exploration polaire
Un jour, un aventurier vient s'entraîner chez lui avant de partir au pôle Nord. Peu après, c'est l'équipe de Jean-Louis Étienne. De fil en aiguille, Alban Michon se retrouve embarqué dans sa première grande expédition polaire, en 2010 : huit personnes, un chien, des traîneaux, 800 kilomètres sur la banquise, à moins 50 degrés.
Il y découvre un monde qu'il n'avait fait qu'imaginer : des murs de glace de plusieurs mètres, des craquements sous l'eau, un silence blanc absolu.
Ce ne sera que la première. Suivront le Groenland en kayak, 1000 kilomètres le long d'une côte quasi inexplorée, puis une expédition en totale solitude : 62 jours seul sur la banquise, dans le Grand Nord canadien, pour se prouver à lui-même qu'il en était capable.
Donner du sens à l'aventure
Ce qui distingue Alban Michon des autres aventuriers, c'est cette volonté obstinée de ramener quelque chose de scientifique de chaque expédition : mesures de pollution, données climatiques, images d'un monde qui change plus vite qu'on ne l'imagine.
👉 Il explique ce besoin par une chose toute simple : n'ayant jamais été à l'aise à l'école, l'exploration est devenue sa manière à lui d'apprendre et de comprendre le monde.
Aujourd'hui : construire une station scientifique sous la banquise
Depuis plusieurs années, Alban Michon travaille sur un projet d'une tout autre ampleur : créer la première station scientifique sous-marine modulable, installée directement sous la glace arctique, pour permettre à des scientifiques de vivre au cœur même de l'environnement qu'ils étudient.
Un projet inspiré des habitats sous-marins du commandant Cousteau dans les années 60, mais pensé pour aujourd'hui : transportable, évolutif, à l'image des modules de l'ISS.
Il n'a ni le financement, ni un calendrier figé. Mais il avance, à son rythme, avec la même conviction qui l'a mené jusqu'ici.
Et quand on lui demande s'il se sent aligné avec sa vie, sa réponse ouvre sur une réflexion bien plus personnelle qu'il n'avait jamais formulée jusque-là. La suite, il la raconte devant la caméra.

Pourquoi ce témoignage compte
Ce témoignage va parler à celles et ceux qui n'ont jamais eu le profil "attendu" pour réussir : mauvais élève, sans réseau, sans capital de départ. Il rappelle qu'une passion identifiée tôt peut suffire à tracer une trajectoire entière, à condition d'oser, même sans garantie. C'est aussi le récit d'un homme qui a appris, sur le tard, à mettre des mots sur ce qui le construit vraiment.
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