handicap, accessibilité et voyage : le parcours de Mélanie

handicap, accessibilité et voyage : le parcours de Mélanie

À 3 ans et demi, elle annonce à ses parents qu'elle veut skier.

On leur répond que c'est impossible.

Elle a appris à skier.

Grandir sans « avant »

Mélanie grandit à Nice.

À 16 mois, un accident de voiture la place en fauteuil roulant.

👉 Elle n'a donc jamais connu d'avant ni d'après. Pour elle, c'est comme ça, et pas autrement.

Autour d'elle, une famille qui ne la freine jamais. Un papa mécanicien, une maman secrétaire de direction, un petit frère.

Quand elle veut skier, on leur dit qu'il n'y a pas le matériel, que ce sont sûrement les parents qui la poussent. Ses parents tiennent bon.

Pendant dix ans, la famille part chaque année une semaine aux Menuires. Et ils apprennent à skier tous les quatre ensemble.

Les voyages, c'est pareil. Le principe est simple : si Mélanie a un projet, on y va, coûte que coûte.

Des plans de maisons en cours d'histoire

Depuis toujours, Mélanie veut être architecte.

Enfant, elle construit des maisons avec tout ce qu'elle trouve. Elle passe des heures sur les Sims.

Au collège, quand elle s'ennuie, elle prend ses feuilles à carreaux, se fixe une échelle et dessine des plans pendant les cours.

👉 Son envie : améliorer le quotidien des gens dans leur logement.

Il n'y a pas d'école d'architecture à Nice. Elle le sait depuis toujours : à 18 ans, il faudra partir.

Une année de mise à niveau lui affirme qu'elle n'a pas le niveau. Elle postule quand même.

Elle est prise. Direction Paris, à plus de 1 000 km de chez ses parents.

Paris, la ville qui ne roule pas

Les études la passionnent. Paris, beaucoup moins accessible.

Trouver un logement est un parcours du combattant. Des appartements inadaptés, des dossiers qui ne passent jamais.

Elle atterrit dans une résidence étudiante médiocre, puis dans un rez-de-chaussée plein nord. Pour une fille du Sud, le confinement là-dedans est un enfer.

Les transports sont quasi impraticables. Tout se fait en voiture.

Il lui arrive de tourner une heure pour trouver une place avant une soirée.

Elle mettra des années à trouver ses marques. Aujourd'hui installée à Vincennes, elle a enfin trouvé son équilibre.

Le choc du monde du travail

Son projet de diplôme lui ressemble : transformer une friche industrielle allemande en ferme urbaine, avec école, marché et logements.

Elle rêve de logement, d'écologie, d'impact social.

Puis elle découvre l'architecture parisienne en agence.

Des tableaux Excel. Des surfaces au centimètre près. Peu importe si le canapé ne peut pas faire face à la télé, ça se vendra quand même.

👉 Ce n'est pas comme ça qu'elle conçoit son métier. Elle veut que les gens se sentent bien chez eux.

Six mois, trois heures de trajet par jour. Puis le Covid, un voyage, et une décision : elle ne remettra plus les pieds dans une agence comme celle-là.

Elle monte sa boîte.

Inventer son propre métier

Mélanie a du mal à rester dans une seule case. Alors elle en crée plusieurs.

D'abord travel planneuse, pour aider les personnes en situation de handicap à partir en voyage. Elle a trop entendu de gens y renoncer.

Puis créatrice de contenu, pour montrer tout ce qui existe déjà et que personne ne connaît.

Puis la partie mindset : interventions, conférences, accompagnement.

👉 Elle a compris que le premier frein n'est souvent pas matériel. Ce sont les croyances.

Son meilleur exemple ? Elle a fait de la tyrolienne au Costa Rica. Un pays où elle ne pensait jamais mettre les pieds, une activité qu'elle ne pensait jamais faire.

Quand l'injustice s'invite

Son approche est résolument positive. Pour elle, on fait plus bouger les choses en donnant envie qu'en pointant du doigt.

Mais il y a des moments où la réalité la rattrape.

Un point de vue sur le Golden Gate annoncé accessible, qui ne l'est pas. Elle reste en bas pendant que sa famille monte.

Des concerts dans de grandes salles parisiennes où, avec ses amis, elle a pris des billets en fosse. À l'entrée, on lui refuse l'accès. Pour des questions de sécurité, sans plus d'explication.

Elle doit aller en gradins, avec un seul accompagnateur.

👉 C'est dans ces moments-là qu'elle se sent soudain le boulet du groupe. Exactement ce contre quoi elle se bat chaque jour.

Entre colère et larmes, une question revient : pourquoi ce qui fonctionne aux Pays-Bas, en Belgique ou en Allemagne ne fonctionne pas ici ?

Aujourd'hui, elle a remis sa casquette d'architecte au service de cette cause : des audits d'accessibilité pour les salles de concert, les festivals et les hébergements touristiques.

Parce qu'une moquette trop épaisse, un verrou impossible à ouvrir ou un siège de douche mal placé suffisent à rendre un lieu « accessible » inutilisable.

Ce qu'on lui avait fait croire

Ses parents ne lui ont jamais posé de limites.

Mais la société, elle, lui a transmis un message implicite : en fauteuil, la vie sera compliquée. Les relations, les amis, la vie de couple, tout serait plus difficile.

Avec le temps, et un travail sur elle, Mélanie réalise que certaines de ces croyances la bloquent encore.

Il y a deux ans, elle prend une décision qui va tout déclencher.

Les festivals qu'elle n'osait même pas imaginer, ce voyage qu'elle rêvait de faire et la nouvelle Mélanie qui en est sortie, elle les raconte dans l'épisode.

Pourquoi ce témoignage compte

Ce témoignage parlera à toutes les personnes en situation de handicap qui renoncent à un voyage, un concert ou un projet parce qu'elles pensent que ce n'est pas pour elles.

À leurs proches, aussi.

Et à tous ceux qui se sont un jour mis eux-mêmes des limites.

Mélanie n'a pas eu de modèle en grandissant. Aujourd'hui, elle a décidé d'en être un.

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