Écrire sans pression : comment Pochade redonne le plaisir des mots
Pochade : écrire “sur le vif”, sans pression, l’histoire de Fanny et Romain
Il y a des épisodes qui commencent avant le “bonjour”.
Un micro à tester. Une souris qui traîne dans le cadre. Deux secondes d’hésitation, puis ce moment familier : ok, on y va.
Et dans ce ok, on y va, il y a déjà tout Pochade.
Fanny et Romain arrivent avec une énergie simple : pas une posture, pas une promesse grandiloquente. Juste une idée très claire, presque à contre-courant d’Internet : écrire pour le plaisir. Sans stress. Sans compétition. Sans chercher à devenir “auteur”. Écrire comme on irait nager, courir, chanter, peindre. Pour respirer.
Ils sont basés à Grenoble. Elle a 31 ans. Lui 35. Et ils ont créé Pochade, une plateforme d’écriture pour celles et ceux qui veulent retrouver le goût des mots, sans élitisme.
Pochade, c’est quoi exactement ?
Romain le dit simplement : Pochade, c’est une plateforme d’écriture “loisir”.
Pas une usine à romans. Pas un programme pour “devenir écrivain”. Plutôt un espace où l’on peut redécouvrir l’écriture sous toutes ses formes :
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écrire court,
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tester,
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se laisser surprendre,
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échanger,
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et surtout rester du côté ludique.
Fanny ajoute une couche qui donne tout son sens au nom : pochade vient de la peinture. Une peinture faite rapidement, “sur le vif”, sans obsession de perfection. On cherche l’émotion, pas le tableau parfait.
Par analogie, Pochade, c’est :
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un texte court,
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un élan,
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un premier jet,
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une démarche de création plus importante que le résultat.
Et cette nuance change tout : ici, l’imperfection n’est pas un défaut, c’est un point de départ.
D’où ils viennent : deux chemins différents, une même matière
Ils n’ont pas le même parcours scolaire, mais ils se retrouvent au même endroit : là où les mots deviennent un métier.
Fanny : le goût des livres venu tard… mais fort
Fanny vient du Vercors. Ses parents sont loueurs de ski. Pas un environnement “littéraire” au sens social du terme.
Elle raconte plutôt une scène simple : la bibliothèque, avec sa mère et sa sœur.
Et un livre qui fait basculer : La Nuit des temps de Barjavel, lu vers 15 ans.
Ce n’est pas “un prof” qui déclenche l’envie. C’est une rencontre avec un texte. Ce moment où tu comprends : ah, c’est donc ça, lire.
Romain : l’imaginaire, l’horreur, et la rédaction comme porte d’entrée
Romain parle de Chair de poule autour de 10 ans, de récits fantastiques, puis d’une pente logique vers des lectures plus adultes.
Mais surtout, il raconte le passage de l’oral à l’écrit : l’enfant qui invente des histoires (Lego, personnages, jeux), puis le collège, les rédactions, l’endroit où l’imaginaire se grave enfin sur une feuille.
Il dit quelque chose d’important : écrire, c’est aussi transmettre. Fixer une histoire pour qu’elle existe ailleurs que dans sa tête.
Leur point de rencontre : Short Édition, l’écriture courte, et le travail “en binôme”
Ils se rencontrent chez Short Édition (édition en ligne, littérature courte : nouvelles, poésie, BD, jeunesse). Une petite équipe, une ambiance start-up.
Ce qu’ils retiennent, c’est moins le prestige que le quotidien :
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être au contact des auteurs,
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lire, échanger,
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faire vivre une communauté,
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travailler ensemble au point de se rendre compte d’une chose essentielle : ils sont complémentaires.
Et ça, pour créer une entreprise, c’est rarement secondaire.
Le déclencheur : quand une plateforme ferme… et que les gens demandent “où on écrit maintenant ?”
Le point de bascule est clair : restructuration économique, fermeture de la plateforme d’écriture (partie communautaire).
Ils racontent le choc : humainement, psychologiquement, c’est dur. Parce qu’une plateforme, ce n’est pas qu’un produit : ce sont des habitudes, des liens, des rendez-vous quotidiens.
Et surtout, des messages :
“Qu’est-ce que je vais faire ? Où est-ce que je vais mettre mes textes maintenant ?”
À ce moment-là, ils font ce que beaucoup ne font pas : ils ne partent pas d’une intuition seulement. Ils font une étude de marché. Ils valident le besoin.
Et ils découvrent un trou énorme : des milliers de personnes cherchent un lieu pour écrire pour le plaisir, mais l’offre en ligne pousse souvent vers :
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la performance (“travailler son écriture”),
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la professionnalisation,
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les concours,
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la compétition (et parfois la mauvaise ambiance).
Eux, ils veulent l’inverse : un espace qui redonne à l’écriture son statut de loisir.
Leur idée centrale : dé-élitiser l’écriture
Ils le disent frontalement : l’écriture souffre d’un réflexe culturel :
si tu écris, c’est que tu veux écrire un roman.
si tu écris, c’est que tu veux être publié.
si tu écris, c’est que tu veux être “bon”.
Eux proposent une autre définition : écrire, c’est aussi
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un SMS bien tourné,
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un message important à un ami,
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un jeu de mots,
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trois lignes de poème,
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une phrase.
Et ils lâchent une phrase très “Pochade”, très libératrice :
Une faute, ça se corrige.
(souvent plus facilement qu’une intrigue mal ficelée)
Sous-entendu : l’obsession de la perfection est un frein. Le plaisir doit passer avant.
Le vrai risque : une offre payante au milieu du gratuit
Là où c’est intéressant (et honnête), c’est qu’ils ne cachent pas leur tension principale :
leur doute n’est pas sur l’utilité de Pochade, mais sur la capacité à faire évoluer les mentalités.
Parce que leur modèle est l’abonnement.
Ils assument le paradoxe :
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“tout le monde peut écrire”
-
mais l’espace d’écriture (outils, fiabilité, modération, amélioration continue) est payant.
Ils l’expliquent avec une logique très simple : sans abonnement, pas de plateforme qui évolue réellement, pas de garantie de qualité, pas de cadre, pas de sécurité, pas de continuité.
Et ils le disent aussi : sur Internet, la gratuité est devenue un réflexe. Leur challenge, c’est d’expliquer pourquoi payer peut être cohérent, même pour un loisir.
Les coulisses : crowdfunding, subvention… et une bataille de plusieurs mois
Ils parlent de trois sources de financement :
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prêt bancaire,
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subventions,
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crowdfunding (15 000 €) pour financer + tester l’intérêt + commencer à créer une communauté.
Mais le vrai passage critique, c’est la subvention “innovation” : 30 000 €.
Sans elle, Pochade n’ouvre pas.
Et là, l’histoire devient très concrète : un chargé d’affaires qui ne croit pas au projet, qui bloque, qui juge trop tôt. Des mois d’échanges, d’arguments, de documents complémentaires. Une sensation d’injustice, assumée.
Ils se font aider par Self & Innov (accompagnement subventions), via Alix, qui leur dit : “vous êtes éligibles, vous avez une chance, battez-vous”.
Ils tiennent. Ils insistent. Et, finalement, le jury valide : subvention accordée.
Fanny raconte la scène comme un plan de film : elle est en vacances, sur la plage, convaincue que c’est mort… et l’appel tombe.
200 abonnés… et une surprise : la bienveillance existe (même en ligne)
Ils annoncent environ 200 personnes dans l’offre écriture (au moment de l’échange), plus des membres lecteurs (la lecture reste gratuite).
Et ce qui les touche le plus, ce ne sont pas des KPI.
C’est l’ambiance.
Ils avaient même prévu “au cas où” :
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blocage entre membres,
-
outils de modération,
-
verrous techniques.
Ils pensaient devoir modérer.
En réalité : zéro problème.
Ils décrivent ces moments où ils lisent un échange entre membres… et sourient derrière l’écran.
Comme si leur pari le plus risqué — créer un cadre propice à la bienveillance — était en train de se vérifier.
La galère du lancement : rafraîchir la page et activer les abonnés à la main
Le passage le plus “sur le vif” est peut-être celui-là.
Le lancement arrive.
Et un bug : les abonnements payés ne s’activent pas.
Alors ils font ce que font beaucoup d’entrepreneurs au début (mais que personne ne raconte) :
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rester devant l’ordinateur,
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actualiser,
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activer manuellement,
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se relayer,
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dormir par tranches.
Ils racontent même une soirée “lancement” au bar… transformée en session d’urgence, coincés dans un coin de table pendant que les autres fêtent.
C’est dur sur le moment. Et drôle après.
Mais c’est surtout révélateur : Pochade s’est construit dans le réel, pas dans un pitch.
Leur “pourquoi” : les histoires des gens, et le bien que ça fait
Fanny met des mots précis : elle aime être “au contact des histoires”.
Parce que même un texte léger contient une part d’intime : un imaginaire, une sensibilité, quelque chose de soi.
Romain complète : il y a des messages qui reviennent :
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“merci”
-
“ça m’a fait du bien”
-
“j’ai écrit sans stress”
-
“j’ai rencontré des gens”
Ils parlent d’isolement parfois, de passage à l’âge adulte, de textes qui permettent d’exister autrement.
Leur moteur n’est pas l’ego créatif.
C’est l’espace qu’ils offrent aux autres.
Et maintenant : où va Pochade ?
Ils ont deux axes clairs :
1) Croissance et pédagogie (faire comprendre l’offre)
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faire grandir la base d’abonnés,
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rendre l’offre payante plus “évidente” culturellement,
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continuer à expliquer pourquoi c’est sain pour l’écriture en ligne.
2) Produit : une liste immense de fonctionnalités
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échanges entre bêta-lecteurs,
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outils pour textes plus longs,
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améliorations continues,
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expérience plus fluide.
Et une chose qu’ils martèlent : leurs valeurs ne bougeront pas.
Ils disent même que c’est une chance de ne jamais devoir travestir leur discours : ce qu’ils écrivent dans les dossiers de financement, c’est ce qu’ils pensent vraiment.
Écrire, pour commencer : leurs conseils
Leur réponse est presque minimaliste :
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commence par une phrase,
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puis un paragraphe,
-
puis deux.
Et surtout : le premier pas est difficile, mais l’écriture a un avantage rare :
on peut ressentir une rétribution immédiate (un retour, un commentaire, un échange), même sans “réussir” quelque chose.
À suivre
Pochade, au fond, porte bien son nom : écrire “sur le vif”, sans se juger, et retrouver un plaisir que beaucoup ont rangé trop vite dans la case “performance”.
Retrouvez Pochade sur :
Le site : https://www.pochade.fr/
Instagram : https://www.instagram.com/pochade.fr/
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